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LA QUESTION DU «STRESS» DANS LE COMBAT RAPPROCHE

Dans toute pratique sportive et à plus forte raison dans la préparation au combat rapproché, la préparation psychologique est indispensable. Elle doit permettre au combattant de s’adapter à de multiples situations qui se rapprochent de la réalité extérieure. Et, doit comporter par ailleurs, des stratégies d’adaptation à des contextes émotionnels différents.

En effet, dans la préparation au combat rapproché, il faut savoir réagir dans la force comme dans la «faiblesse mentale». Un sujet que l’on prépare dans des contextes émotionnels où il est toujours au mieux de sa forme et confiant en lui-même, va acquérir la fausse certitude qu’il peut répondre à tous les dangers. Il aura la conviction de pouvoir appréhender et anticiper favorablement toutes les situations car préparé à devenir un «héros», selon la loi du plus fort qui gagne toujours… !

Une bonne préparation implique au contraire, de confronter l’individu «non préparé» dans sa tête à une situation extrême. Il doit prendre conscience que tenter de contrôler une situation est une chose (une attaque par exemple et l’agresseur lui-même), mais contrôler ses réactions intérieures en est une autre. S’il est habitué à ses techniques et à des situations extérieures multiples, il faut alors ébranler ses certitudes de combattant aguerri. Sa préparation doit l’amener à prendre conscience que sa force viendra aussi de sa gestion intérieure du combat. Et notamment, de la façon dont il va gérer un facteur fondamental qui est le facteur «stress». Ce facteur qui, comme vous le verrez ci-après, dans sa double acception peut à la fois devenir votre moteur, comme il peut devenir au contraire au même titre que l’agresseur extérieur, votre pire ennemi intérieur.

Apprendre à le connaître ce facteur «stress», en définir ses contours et ses développements parfois pervers sur vous, est une façon déjà de se familiariser avec ce qui avant toute situation extérieure peut vous porter préjudice à savoir vous-même ! C’est un peu comme l’exemple du boxeur qui avant d’affronter l’adversaire sur le ring, se prépare en shadow devant le miroir. Car outre le développement des combinaisons techniques, les déplacements qu’il doit refaire seul de multiples fois, c’est lui-même qu’il doit affronter, c’est son image qu’il a devant lui, avec ses peurs, ses défaillances et ses atouts…

Une face cachée dans le miroir qu’il faut connaître et apprendre à gérer comme ce facteur «stress» qui semble ne se réduire qu’à un seul mot, une seule réaction alors qu’au contraire, ce seul mot comporte de multiples réactions en chaîne et en simultané dans votre monde intérieur. Un mot en apparence banal et néanmoins qui va conditionner par la suite votre gestion du combat.

MAIS QU’EST-CE QUE LE «STRESS» ?

Si l’on s’en réfère à l’histoire, le mot «stress» est à l’origine un terme anglais. Il a été emprunté au vocabulaire des métallurgistes pour désigner le comportement d’un métal soumis à des forces de pression, d’étirement ou de torsion.

Au fil du temps, certains auteurs l’ont peu à peu utilisé pour décrire une réaction particulière d’un individu soumis à des sollicitations extérieures (assimilées à des «agents stressants»), réaction définie comme étant une «réaction de stress», ou encore «stress» tout simplement. Et en l’occurrence pour rendre compte de «la réaction d’un individu qui exposé brutalement à une agression ou à une situation menaçante mettant en jeu son intégrité physique ou psychique, va présenter de façon quasi réflexe une réaction d’alarme, de mobilisation et de défense qui lui permet de faire face à cette agression» (selon la définition du Dr CROCQ, psychiatre des armées, spécialisé dans les traumatismes de guerre).

Mais le «stress» est en réalité un terme assez ambigu recouvrant des représentations très différentes aujourd’hui. En effet, si le plus souvent il est appliqué à des situations d’agressions imprévues (catastrophes, agressions violentes dans la rue, attentats…) en tout cas peut-il aussi représenter des situations de vie quotidienne, «d’agressions moins violentes» en apparence, mais qui peuvent être vécues comme tel par l’individu (conflits dans le cadre du travail, harcèlement…). Par conséquent, dans le langage courant, il peut représenter pour le commun des mortels à la fois une situation d’agression effective, comme il peut être employé pour exprimer un malaise, un mal-être, une frustration lors d’un conflit, ou même évoquer un «stress» dans le sport lié à l’appréhension de l’échec, de la contre-performance. Un évènement heureux, comme une naissance, une réussite aux examens pourrait déclencher une réaction de «stress» au même titre qu’un évènement malheureux comme la perte d’un emploi, ou plus encore la perte d’un être cher…

En fait, la réaction de «stress» est un ensemble de réactions psychologiques, physiologiques, et comportementales…, réaction de défense de l’organisme permettant à ce dernier de s’adapter à une situation donnée. Cette réaction de «stress» peut prendre soit une coloration négative, soit une dimension plus positive et s’avérer même être un réel moteur dans certaines situations.

Quoiqu’il en soit, il est important de retenir que devant une situation d’agression ou de menace, l’individu détient en lui un certain «potentiel de défense» qu’il met ou non en place selon les situations et qui se manifestera sous forme d’une réaction d’alerte et de préparation à l’action adaptée pour soit se défendre dans la confrontation, soit se protéger en s’extrayant de la menace. Il s’agit là d’une «réaction de stress adaptée» comme le définit le Dr CROCQ. Toutefois, il existe des situations où le sujet va développer des réactions totalement décalées et être en proie à la panique, sans pouvoir faire face… Tel par exemple le cas d’un individu soumis à un «stress» violent ou encore prolongé dans le temps ou répété en si peu de temps qu’il ne puisse s’organiser favorablement. L’individu se montrera tellement débordé par cette agression extérieure qu’il présentera alors à plus ou moins brève échéance les symptômes de la personne ayant subi un grave traumatisme.

Le problème est que personne ne peut présager que dans telle ou telle situation, avec tels facteurs potentiellement stressants, et même avec un certain type de préparation spécifique, qu’une personne pourra réagir ou non de façon adaptée. Certains évènements pourront conduire à un véritable traumatisme chez certains alors que pour d’autres il n’y aura aucun impact émotionnel. Et de la même manière, une personne donnée pourra réagir positivement aujourd’hui mais pas du tout demain, et ce, devant le même évènement. La peur, l’appréhension devant un danger réel ou perçu comme tel, va dépendre des particularités de l’individu comme sa personnalité, son expérience personnelle du terrain, de situations similaires, de son histoire, de ses aptitudes…


LA NOTION DE «STRESS» COMME MOTEUR DANS LA DEFENSE PERSONNELLE

Certains le définissent comme «stress positif» ou encore «stress adapté», mais tous s’accordent au fond pour décrire un ensemble de réactions physiologiques, psychologiques, comportementales,… qui placent le sujet dans une sorte d’état d’alarme, et de préparation à la défense (que ce soit d’attaque ou de retrait), comme si justement pour certains sujets une bonne dose de stress était nécessaire pour passer à l’action. Ce «stress» est alors moteur dans la mesure où il va mobiliser toutes les fonctions de l’organisme à savoir :

- Sur le plan bio-physiologique :
* On peut relever une augmentation du rythme cardiaque, de la tension artérielle, du rythme respiratoire, une augmentation du taux de sucre dans le sang qui fournit cette réserve d’énergie aux muscles, etc…

- Sur le plan psychologique:
*Le sujet est en état d’alerte et de mobilisation, son niveau de vigilance s’accroît, ses capacités d’attention, de jugement et de raisonnement sont fortement stimulées et mises à profit pour évaluer la situation et adapter la réponse.
*Il est important de noter qu’en cas de danger réel, le sujet est accaparé de telle façon que plus rien ne semble exister autour comme si le temps s’était arrêté et la séquence réduite à «l’espace/lieu» de l’agression.
*L’émotion est vive et entretenue par une forte décharge d’adrénaline, certains sentiments apparaissent tels la peur, parfois la colère et même la honte…que le sujet parvienne ou non à les contrôler.
*Certains peuvent être poussés à agir de façon immédiate avec une volonté exacerbée et par conséquent peuvent très vite adopter les gestes adaptés à la situation. Aller aider quelqu’un dans une catastrophe, fuir des bombes, riposter en cas de combat etc…


Toutes ces réactions sont donc nécessaires pour se préparer à l’action, se décider, et agir de façon adéquate. En même temps, elles mobilisent une telle énergie qu’elle soit physique ou psychique que face à des situations particulièrement violentes, intenses ou prolongées, le sujet risque d’être rapidement débordé. Et comme nous l’avons vu précédemment, cela va dépendre de sa personnalité, de ses expériences, de sa capacité à faire face et de l’intensité de la sollicitation extérieure. Quoiqu’il en soit, un sujet même préparé à certains types «d’agents stressants» ou d’évènements, peut voir ses défenses s’effondrer brutalement et par conséquent ses efforts pour répondre favorablement annihilés.

Certains «agents stressants» pouvant survenir aussi dans un contexte où le sujet n’est pas disponible dans sa tête car l’esprit déjà absorbé par les soucis, le surmenage, une baisse de forme, une période de manque de confiance en soi…Et puis tout simplement parce que la réaction va dépendre de l’évaluation que le sujet se fait de la situation mais aussi de lui-même. Un stress au départ potentiellement moteur peut alors devenir au contraire inhibiteur…


LA NOTION DE «STRESS» COMME SOURCE D’INHIBITION OU D’ENTRAVE A LA DEFENSE PERSONNELLE

Appelé aussi «stress négatif», ou selon le Docteur CROCQ «stress dépassé». CROCQ définit cette réaction comme «inadaptée et «le fait de sujets psychologiquement fragiles ou non préparés, ou isolés et supportant mal cet isolement au moment où ils sont attaqués…. »

Certains vont surestimer et dramatiser une situation à laquelle ils sont pourtant bien préparés, d’autres au contraire vont surestimer au départ leurs capacités de réponse, leur efficacité et se retrouver totalement déstabilisés devant une situation réelle en décalage avec le réel de leurs potentialités. Et parce qu’elle les confronte au sentiment d’impuissance. Là où les réactions de l’organisme étaient mobilisatrices, elles peuvent devenir tout à coup très invalidantes et se grever de symptômes tels que :


- Des troubles comportementaux et psychologiques : des maladresses, des tremblements, ainsi que des troubles se rapportant au traitement de l’information comme des problèmes de concentration, des troubles de la mémoire, une incapacité à évaluer la situation, enfin une perte de la confiance en soi etc…
- Des manifestations cardiaques : avec des blocages respiratoires par exemple…
- Des tensions musculaires : avec des contractions involontaires des muscles…
- Des troubles digestifs : nausées, vomissements, diarrhées…
- Des troubles sphinctériens : émission d’urine involontaire…


Et plus que de simples symptômes gênants sur le moment devant des situations aiguës relevant d’un véritable choc émotionnel, certains vont présenter alors le cortège de symptômes caractéristiques de la personne «traumatisée» psychiquement, à savoir :

- la sidération, au-delà de la peur, le sujet est dans un état second. Pour lui c’est l’effroi…plus de possibilités ni de penser, ni de décider, ni d’agir d’aucune façon
- l’agitation, qui rend inadaptée toutes les réponses ou tentatives de réponse
- la fuite panique
- le comportement d’automate…


En réalité, ceux qui vont pouvoir se sortir de certaines situations violentes vont réagir de façon adaptée parce que l’évènement en lui-même n’est pas vécu de manière traumatique. Dans le cas contraire, si la personne est traumatisée c’est au bout du compte parce qu’elle n’aura pu donner sens à pareille expérience, une expérience impensable, indicible sur le coup, insensée…Et c’est justement quand une personne ne peut plus donner du sens à une situation qu’elle bascule !


LE «STRESS» ET LA PREPARATION AU COMBAT

Si l’individu peut être préparé au combat, à être efficace et développer des stratégies de réponses, d’adaptations psychologiques et comportementales etc…il pourra effectivement utiliser ou bénéficier d’un stress moteur dans l’action et la réponse. Certaines méthodes peuvent même préparer les combattants à des situations de risques ultimes. Cependant, la préparation au combat, même violente, est une «préparation», comme le mot l’indique déjà, où le sujet va se faire une idée, une représentation d’une attaque, dans un lieu donné avec un panel de réponses psycho-comportementales adaptées…Toutes ces représentations donnent du sens à ses gestes, à ses réactions et à l’agression en elle-même. Il se fait comme un schéma dans la tête et dans le corps avec au moins une certitude c’est qu’il se fait agresser pour se préparer ! Néanmoins, cela reste toujours en quelque sorte une situation expérimentale, une «préparation sensée».

Or, dans le réel, ce qui peut déstabiliser, ou annihiler tous les efforts, c’est que l’évènement violent confronte le sujet cette fois impréparé à une expérience qui n’a pas de sens. Le sujet se sent comme transporté dans une situation irréelle, se demandant le plus souvent l’espace d’un flash, pourquoi, pourquoi lui ? ou encore essayant de réaliser qu’il est en train de vivre quelque chose d’impossible, sans pouvoir réagir et sous l’effet de ce qui n’est pas une surprise mais bien un choc !

Le combat rapproché constitue une préparation dans un espace connu, d’abord une salle puis un extérieur plus proche de la réalité quotidienne mais où le combattant sait qu’il doit se préparer à un temps «T» à être un combattant agressé en vue de se former.

Dans le monde réel, une agression, une catastrophe naturelle, une maladie grave, le sujet change de statut à savoir qu’il devient non plus un combattant mais plutôt une victime, un civil. Sauf à être militaire par exemple et là encore même si le sujet avait été préparé à se battre, il est une chose à laquelle jamais il ne pourra se préparer c’est celle de se voir confronté à la mort imminente, à ce risque de perdre la vie en à peine une fraction de secondes voire même à ôter la vie.

Dans une salle ou à l’extérieur, on n’est pas tué et l’on ne va pas tuer l’autre. Dans le réel, le combat est une lutte pour la vie mais une inconnue demeure : c’est l’inconnue de la mort. Personne n’en a la représentation puisque personne n’en est revenu pour en faire le récit. Bien que certains puissent être confrontés au quotidien à des violences extrêmes par la guerre par exemple, et bien que tout un chacun puisse avoir la certitude de goûter un jour à la mort, certaines expériences restent malgré tout des expériences extrêmes. Expériences du désordre où toutes les valeurs que le sujet avaient intégrées en lui telles que le sens des choses, la justice, la paix et la morale sont violemment remises en question au seul temps «T» de l’agression.

Aussi même le plus grand combattant doit acquérir la certitude que sa préparation ne fait pas de lui un «mutant invincible», un être parfait et éternel, mais bien un commun des mortels qui a ses limites. Il peut combattre pour la vie, soit, mais tout en restant humble car devant le danger il ne peut réellement présager des dispositions dans lesquels il sera au jour «J». Tout comme il ne peut prédire si tous les facteurs extérieurs comme les facteurs intérieurs seront ce jour-là réunis en sa faveur. Et l’un de ces facteurs à ne pas négliger est bien le facteur «stress», qui peut être votre moteur, un stimulant pour l’action tout comme il peut apparaître sous des revers malins pour devenir votre pire ennemi, tout droit surgi de l’intérieur !


Meriem ELKEBAR,
Psychologue-psychothérapeute,
Enseignante de savate boxe française.